Oenologue, glyphosate et Macron.

Quand une oenologue répond à Macron concernant le glyphosate et montre son incompétence.



Comme expliqué dans d'autres articles de notre blog, nous faisons tout pour éviter les informations et autres JT, et les rares fois où nous sommes confrontés à une info, les bras souvent nous tombent et cet article aperçu dans le media Régional, j'ai nommé VAR MATIN, nous a fait rire, puis pleurer puis énervé.

VIGNOBLES VAROIS ET GLYPHOSATE : UNE OENOLOGUE REPOND A MACRON.

Voilà le titre d'un article dans lequel nous découvrons avec sympathie cette annonce du Président Français concernant le glyphosate : "Quand je regarde le vignoble Français, je pense que nous pouvons en faire le premier du monde sans glyphosate" !





Belle annonce ou effet d'annonce, le temps y répondra.

Mais dans tous les cas un bel article à charge contre cette annonce Présidentielle menée par une oenologue de 58 ans prénommée Régine Le Coz, sans aucun contradicteur pour s'en défendre.

Le néo-journalisme dans son pur jus.

C'est donc nous qui répliquerons à cette œnologue qui, dans cet "article", répond en 3 points à l'annonce du Président.

Et nous, nous allons répondre en 3 points à ses 3 points !



1. Cette ambition est elle réalisable en 3 ans ?

Réponse de madame l'œnologue : "Non, Emmanuel Macron rêve. L'alternative au glyphosate c'est quoi ? S'en passer coûte très cher, au niveau technique, au niveau de la main d'œuvre ... Il faudrait embaucher en masse, et tout le monde n'a pas la technique requise. Il faut être qualifié pour s'occuper de la vigne. C'est un métier. Il faut de la formation, de la main d'œuvre qualifiée. Ca prend du temps et ça coûte de l'argent. A moins que le gouvernement fournisse des tracteurs et des financement au vignerons. Ils n'ont pas attendu Monsieur Macron d'essayer de se passer du glyphosate. Les produits coûtes cher, les vignerons ne sont pas dingues : S'ils peuvent éviter de traiter, ils le font déjà. On les fait passer pour des mauvais élèves aujourd'hui, ça n'est pas le cas !"

Waouh, nous voilà, déjà, décoiffé !

2 fois le mot "coût", 2 fois le mot "technique" et 2 fois le mot "qualifié" en moins de 10 lignes. Le ton est donné.

Et bien aussi fou que cela puisse paraître, chère madame, pour faire du vin il faut de la technique et être qualifié ! le B.A.BA d'un métier quel qu'il soit et si des gens ne le sont pas, qu'ils changent de métier.

Vous parlez aussi de coûts en affirmant que se passer du glyphosate "coûte très cher" et que "ça prend du temps et coûte très cher (bis)" !

Il faudrait expliquer à cette dame que le tout permissif à moindre frais est désormais en passe d'être terminé. Fini depuis bien longtemps les 30 glorieuses et ses excès. Bien qu'aujourd'hui il reste encore de l'excès mais plus d'année glorieuse depuis longtemps.

Alors la question est : Qu'est ce qui coute cher ?

Aujourd’hui, avant de semer, on passe du glyphosate pour "tout remettre à zéro", un désherbant pour éliminer les mauvaises herbes, chardons et plantes vivaces, afin de préserver les vignes!

Facile, pratique et économique.

D'accord, c'est plus facile, pratique et économique que de semer une espèce ou un mélange d'espèce comme du triticale, de l'avoine, du trèfle et (ou) de l'avoine qui seront coupées avant floraison et incorporées dans les premiers centimètres du sol. Outre leurs effets positifs sur la fertilité du sol, certains engrais verts ont un réel pouvoir concurrentiel vis-à-vis des plantes non désirées.

Bien entendu c'est plus facile, pratique et économique que de faire du paillage au sol pour éviter la croissance des adventices sur les rangs de cultures.

Bien évidement, c'est plus facile, pratique et économique qu'un désherbage mécanique avec un cheval comme le pratique, entre autres, en Alsace depuis plus de 10 ans, avec leur cheval Skippy, Hubert et Heidi Hausherr créateurs de vins naturels. Des vins purs et vivants.



Skippy en plein effort à travers des rangs vivants.




En résumé, c'est donc plus facile, pratique et économique de passer du glyphosate que de rééquilibrer les sols, que d'apprendre ou réapprendre à les travailler en osmose avec les plantes et l'environnement, que de faire de la culture adaptée et non pas uniquement de la rentabilité immédiate avec l'aide des produits phytosanitaires (le mot politiquement correct des pesticides).

Mais ce qui coûte le plus cher Madame l'œnologue, ET IL SERAIT TEMPS DE LE COMPRENDRE, c'est de continuer à éradiquer, avec des techniques polluantes d'un autre âge dont le glyphosate est la tête d'affiche, notre environnement. Moins d'abeilles, moins d'oiseaux, une biodiversité en déliquescence, des terres polluées depuis des décennies, donc des rivières elles mêmes exsangues de récupérer cette pollution et enfin la mer, notre belle poubelle. A quel moment comprendrez vous que c'est cette urgence qui est prioritaire et qui coûte TRES TRES CHER ! Comment peut on encore nier ce fait et continuer de tortiller quand il faut vraiment passer à l'action.

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Venons en au point 2 développé par cette dame pour contrer le Président :

2. Ce que dit le Président est ce un effet d'annonce ?

 

"C'est surtout de la politique, pas de la réalité. Le Président veut devenir Monsieur Propre, mais sur le terrain est ce que c'est lui qui va venir désherber manuellement les vignobles Français ? S'il veut venir le faire, qu'il vienne, mais sous 3 ans il aura du boulot le garçon"

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Le Garçon ! Bel effet de style type prof face à l'élève. On peut l'excuser de ne pas être compétent sur tous sujets mais profiter de son manque de connaissance sur la viticulture pour lancer des informations qui sont toutes à charges et prêtent à discussion, permettez nous de continuer de faire un droit de réponse puisque personne ne s'en soucie dans ce numéro de Var Matin.

 

 

 

Alors peut être que Madame Le Coz parle au nom des caves coopératives et non pas des vignerons indépendants, il serait judicieux de le préciser alors parce qu'en effet il sera plus difficile pour ceux qui ont choisi la quantité à la qualité de se mettre dans les clous sous 3 ans, mais sachez, Madame, que de nombreux vignerons indépendants dans notre département ont décidé de "désherber manuellement les vignobles", et certains depuis très longtemps, et que leur nombre croît chaque année. Et pourtant cela demande plus de travail et d'investissements et "ça coûte de l'argent" ! Peut être ont ils des pistes à vous soumettre pour mettre en œuvre cette admirable intention que de protéger nos terres, nos rivières et notre faune. Et enfin sortir de cette course au prix le moins cher qui a déjà menée dans une impasse évidente. Et mortelle !

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3. Les Vignobles Varois sont ils prêts à s'en passer ?

 

"NON, ET LES CONSOMMATEURS NON PLUS (!!!!). Qui voudrait payer demain sa bouteille 20 euros au lieu de 10 aujourd'hui ? Vu les coûts à court terme qu'impliquerait une sortie du glyphosate, ce changement n'est pas crédible ici si le gouvernement ne s'engage pas (geste sur les charges sociales, aide matérielle, ...). Il n'y a que 5% de bio dans le Var, et les prix ne sont pas les mêmes que le traditionnel."

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Alors là, c'est du lourd. "Les consommateurs ne sont pas près de se passer du glyphosate " ! Sous le prétexte fallacieux du prix que coûterait une bouteille de vin !

Le consommateur veut donc continuer de consommer du pesticide, quelle drôle d'idée à défaut de connaitre vos sources, et les quilles vaudraient 20 euros si on stoppait le glyphosate, et les pesticides en général !

 

Comme l'indique lui même Harold Levrel, agroéconomiste de l’environnement et professeur à AgroParisTech, "L’abandon de tout pesticide, au-delà du seul glyphosate, aboutirait à une hausse de 15 % du prix des aliments pour le consommateur".

15% ? on est bien loin de l'augmentation de 100% dont vous parlez pour effrayer, encore, le lecteur crédule.

Mais laissez nous vous dire, qu'il serait quand même temps que les gens payent la juste valeur des choses.

Si vous trouvez qu'il est normal de payer moins de 4 euros une bouteille de vin d'un vigneron indépendant, ne venez pas pleurer d'avoir l'estomac torturé, des sensations de brulure de l'œsophage ou des maux de têtes. Le cocktail Pesticides/Intrants chimiques peut faire très mal à l'organisme. Les produits sains et bons ont un prix et tout le monde comprend pourquoi un poulet fermier coûte 2 fois plus cher qu'un poulet de batterie. Pareil pour un vin sans pesticides. Et je n'aborde pas (encore) le cas des vins naturels qui sont bio, et sans glyphosate, en vigne et bio en cave. Il faut que vous repreniez votre souffle.

 

Depuis des décennies tout le monde veut toujours payer moins cher, c'est la course effrénée vers les pris bas. Les Hypermarchés ont entendu l'appel des consommateurs il y a près de 50 ans. Un demi siècle plus tard ? Les scandales sanitaires successifs d'un nombre ahurissant ont montré les limites du tout moins cher. Si l'objectif c'est payer moins cher pour bouffer, ou boire, de la merde, sachez chère Madame, que beaucoup en sont revenus.

 

20 euros pour une bouteille de vin Bio ?

 

Bien sûr que ça existe déjà mais pourtant, sans trop creuser, on découvre des Domaines comme Château Paquette à Fréjus, estampillé AB, proposer un rosé à 8€50, ou le Domaine Turenne à Cuers, en Bio depuis le début des années 2000, qui produit même une cuvée dite "vin naturel", c'est à dire avec une réduction drastique voire totale d'intrants œnologiques vulgaires, proposer ses cuvées Bastien en rouge et Camille en rosé autour de 8 euros. Et que dire de Château Gasqui entre Flassans et Gonfaron qui pratique la Biodynamie depuis plus de 10 ans ! La Biodynamie c'est le Bio mais en plus poussé. Plus de travail et de coûts ! Encore.

François Miglio nous concocte des vins naturels, bien qu'il n'aime pas ce mot puisque le vin naturel en tant que tel n'existe pas, nous dirons alors des vins "presque" naturels, des jus vivants de la vigne au chai puisque même en cave François s'emploie à éliminer tout rajout œnologique et autres supercheries, il vinifie même sans SO2. Et malgré des éléments naturels défavorables, comme la météo qui viennent de lui faire passer 3 années consécutives abominables en terme de récolte, il arrive encore à nous présenter des jus, comme son fameux vin rouge Roche d'Enfer 2012, à un prix de 12€50. Un vrai jus de raisin fermenté et élevé dans sa cave où il laisse fermenter à leur rythme les nectars qu'il mettra en bouteille quand l'heure sera (bien) venue.

Et je ne parlerai pas des Fontaine à vin des Vignerons de Correns, toujours en BIO, dont le Côtes de Provence est vendu moins de 25 euros les 5 litres soit un rapport de moins de 4 euros les 70cl, contenance d'une bouteille de base.

 

 

Bref, tout ça pour dire que vous déformez la réalité en voulant apeurer le lecteur.

 

Oui un vin bio ou un vin naturel valent plus cher qu'un vin conventionnel chargé en pesticides et en intrants œnologiques. Mais pas les prix que vous annoncez.

Et puis, pour le répéter encore, le respect de la terre et du palais du consommateur vous y pensez parfois ?

Parce que le vin c'est comme cette histoire de Poulet indiqué plus haut : Vous sentez évidement de suite la différence en bouche entre un Poulet Fermier acheté 13 euros et un poulet de batterie payé 7 euros ! C'est tellement flagrant.

Bien sûr nous vous rejoignons sur la demande de baisse des charges sociales, mais elle doit aussi s'appliquer à tous commerçants et artisans pris à la gorge devant le poids de l'impôt, c'est un problème général. Trouver encore de l'argent ? C'est possible en dépoussiérant aussi tous ces bureaux, conseils, associations, chambres, syndicats ou unions interprofessionnelles dans le domaine du vin qui parfois doublonnent et qui souvent reçoivent de belles subventions dont la gestion et les rétributions laissent à désirer. Un autre, mais important, chantier à traiter.

 

Même si le chiffre exacte est difficile à obtenir, malgré la présence de aussi tous ces bureaux, conseils, associations, chambres, syndicats ou unions interprofessionnelles, sachez que nous avons quand même réussi à apprendre auprès du "Service analyse et vignoble" que dans la catégorie AOP, le Var affiche 19% de Domaines en Bio ou conversion ce qui confirme les chiffres que nous avons trouvé sur internet concernant le ratio de domaine Bio sur toute la Provence qui est de ... 19% aussi.

Et non pas 5% comme vous le prétendez sans sourciller.








En résumé, entre mensonges, inexactitudes et aberrations, nous sommes désolé de vous dire, chère Madame, que soit vous travaillez en sous main pour les lobbys des produits Phytosanitaires, soit avec des Domaines pollueurs ou seulement une incompétente car il est irresponsable de se répandre comme cela dans les media avec autant de malice sans aucun contradicteur face à vous.

Et puis quel est l'intérêt de cette sortie médiatique totalement négative ? Bien sûr que ça ne sera pas facile personne ne peut dire le contraire. Mais si, par exemple, vous avez un enfant mauvais élève à l'école, allez vous lui rappeler chaque jour qu'il est incapable et inutile ou allez vous, malgré ses lacunes, l'encourager à essayer, l'encourager à avancer et lui dire que dans la vie rien n'est insurmontable ?

 

Tout n'est qu'une question d'attitude face à la vie et il nous semble, chère Madame, que vous avez raté un épisode essentiel !