Quand le Syndicat des Côtes de Provence se trompe de priorité !

Quand le Syndicat des Côtes de Provence trouve plus urgent l'irrigation des vignes plutôt qu'une culture généralisée sans pesticides !



Dormez tranquille, la généralisation totale des "vignes propres" dans le Var sans produits phyto sanitaires néfastes pour l'environnement n'est plus à l'ordre du jour.

par contre réfléchir à claquer 250 millions d'euros pour irriguer les vignes et assécher encore un peu plus les canaux et nappes phréatiques déjà mal en point, il fallait y penser et en faire une priorité !


Eric Pastorino (Président du Syndicat de l'AOC Côtes de Provence) nous a quand même fait gicler le café de la tasse quand nous avons lu cet article de Var Matin de bonne heure concernant les 2 axes de réflexion à propos de la viticulture : Irrigation des vignes et possibilité d'intégration des mesures agro-environnementale dans le cahier des charges de l'Appellation.


"2017 restera comme l'année d'une sécheresse sans précédent (...) le dossier irrigation est majeur et stratégique pour notre appellation (...) il en va de l'avenir viticole de notre département (...) pour amener l'eau du Canal de Provence jusqu'aux parcelles de vignes c'est 250 millions d'euros, dont un tiers à la charge des viticulteurs." !!


Etrange cette démarche qui consiste face au manque d'eau de vouloir en ... consommer encore plus !



AOC Cotes de Provence, irrigation, biodynamie et vins naturels



Est ce vraiment LE dossier prioritaire que de vouloir irriguer une vigne qui, depuis toujours dans notre département, a appris à s’en passer et qui va demander un investissement incroyablement lourd pour les Viticulteurs, et la société civile, alors que des solutions simples et éprouvées sont à portée de main.

Pierre Duffort, directeur du domaine de Rimauresq à Pignans depuis près de vingt ans et qui n'est pas du tout favorable à cette démarche, remarque que l'enherbement, qui consiste à entretenir un couvert végétal entre les rangs de vigne, peut faire partie d'une piste de réflexion "On a mesuré une différence de 5 à 7 °C avec les zones désherbées. Ça évite l'évaporation de l'eau et ça profite aux pieds vigne tout proches".

Planter des arbres, des arbustes des plantes et des fleurs fait partie d’une démarche réfléchie, puisque c’est recréer des espaces de biodiversité pour l’avenir des jeunes vignerons attendu que Monsieur Pastorino s'en soucie en déclarant : "Mais avons nous la possibilité d'ignorer le sujet (l'irrigation) et d'hypothéquer l'avenir de nos jeunes vignerons ?"


La Confédération Paysanne quant à elle se bat pour la défense des agriculteurs victimes d’un modèle agricole productiviste dont nous voyons aujourd’hui les conséquences et a aussi un avis concernant le côté obscur de cette envie d'irrigation : "L’agriculture paysanne tire une grande partie de ses richesses des modes d’adaptation aux contraintes du milieu que les paysans ont su développer. L’irrégularité des pluies fait partie des principales contraintes en zone méditerranéenne. Les vignes s’y sont adaptées, allant chercher l’eau en profondeur. Comment réagiront-elles à une situation de pénurie quand leurs racines se seront par contre habituées à se nourrir en surface ? - Les cépages locaux (cinsault, carignan, grenache, etc) y étaient aussi adaptés, avant que ne s’imposent d’autres cépages, plus septentrionaux, peut- être mieux adaptés à la demande mondiale mais surtout plus adaptés à l’offre des vendeurs de plants et d’engrais.

De plus, on ne peut ignorer les risques d’une irrigation associée à une utilisation plus importante d'engrais ("fertirrigation") et à une intensification de l’usage des herbicides au détriment de l'environnement et de la qualité des vins.

Enfin, une inégale répartition des fonds publics pourrait s'en suivre puisque tous les viticulteurs ne pourront pas installer un réseau d’irrigation. Ce qui signifie que les investissements publics bénéficieront en priorité aux structures qui ont les moyens de s’équiper, au détriment des plus petites et des plus fragiles."

La confédération Paysanne met le doigt sur une problématique réelle en déclarant "Les vignes sont adaptées, allant chercher l’eau en profondeur", car il faut que vous sachiez que pour pouvoir pousser et s'enfoncer la racine de la vigne a besoin d'oxygène et d'eau et si on n'a plus ça, à cause des pesticides qui ont dégradé la terre et détruit la faune du sol (qui permet la porosité de ce même sol, son aération et le développement de la vie microbienne), la racine, elle, n'a qu'une seule possibilité c'est de remonter vers la surface, et dans ce cas les seules vignes qui ont besoins d'irrigation sont justement des vignes traitées à grand renfort de pesticides et produits de synthèse !!

En résumé, seules les vignes épuisées de décennies de "soins" aux pesticides, auraient réellement besoin d'irrigation !

Ni appétissant, ni motivant.



 pesticides contre vin naturel



Jeff Coutelou, vigneron "nature" et créateur de "vins naturels" qui cultive sans engrais chimiques ni produits de synthèse depuis bientôt 30 ans dans le Languedoc et vinifie ses vins "naturellement" sans intrants, sans ajouter de SO2, ni de levures ou d'enzymes, va plus loin : "En supprimant progressivement haies, arbres fruitiers, chemins, ruisseaux, pour créer des parcelles de plus en plus grandes, on crée des espaces de monoculture de la vigne qui la rendent plus vulnérable, qui nécessitent de plus en plus d’interventions, qui sont plus fragiles à l’érosion. On a supprimé des espaces équilibrés où tout le monde avait sa place pour créer des espaces modelés par l’homme qui permettent certes de travailler plus rationnellement mais sur lesquels on est obligé d’agir pour corriger. A titre d’exemple, une chauve-souris peut manger plus de 2000 insectes par nuit, si l’on avait conservé leur habitat, on ne serait pas obligé de traiter pour le vers de la grappe. C’est lutter contre le réchauffement climatique …

Vous avez tous une fois pris le plaisir, lorsque le soleil est chaud en été, de vous abriter à l’ombre d’un arbre. Il en est de même pour les parcelles de vignes. En plantant des arbres autour des vignes, on va couper le vent asséchant de l’été. De plus, en passant à travers les arbres, il va naturellement se rafraîchir. C’est une démarche durable alternative à la mise en place de l’irrigation qui certes est efficace immédiatement mais qui peut être un jour, lorsque l’on aura encore plus pollué les nappes avec de l’eau venue bientôt du Rhône, sera limité voire interdite."

Percutant.

Et ceci nous mène au 2eme axe étudié par le Syndicat de l'AOC Côtes de Provence "qui concerne l'intégration des mesures agro-environnementales dans les cahiers des charges des Côtes de Provence comme évoqué l'an passé". La réponse d'Eric Pastorino est surprenante : "On n'avait pas pris conscience de la complexité des contrôle associés à ces mesures. Ça aurait été trop lourd pour les vignerons dont le rôle est avant tout d'être dans les vignes et dans les caves !"

Oh ?

Alors Quid des presque 6000 vignerons qui, à travers la France, cultivent en bio en espérant transmettre à nos enfants une terre et une eau la plus propre qu'il soit tout en assumant, malgré eux, cette fameuse complexité des contrôle associés à ces mesures

Car pour nous, comme tant d'autres, l'urgence n'est pas l'irrigation mais la culture sans pesticides ni produits de synthèse.


Alors même si la Provence, de par son climat, utilise moins de pesticides que dans le Bordelais, il ne faut pas fuir ses responsabilités, au contraire, notre département déjà en tête de liste concernant la culture Bio en France devrait devenir le fer de lance d'un mouvement national en instaurant la culture Bio obligatoire dans tout le 83.


Et on pourra rajouter, puisque le Syndicat de l'AOC Côtes de Provence n'a pas l'air de s'étendre sur le sujet, que le logo AB permet l'ajout d'une quarantaine d'intrants chimiques lors de la phase de vinification, cahier des charges inconnu du grand public, des centaines de vignerons, eux, ont réduits ces "apports" à quelques uns voire à ZERO pour un bon nombre, pour créer des vins les plus propres, les plus purs, les plus naturels possible ! Alors imaginez, Monsieur Pastorino, la double complexité pour ceux là !

Demandez donc à François Miglio, vigneron à Chateau Gasqui entre Gonfaron et Flassans, qui produit des jus propres travaillés en Biodynamie et vinifiés sans intrants, des merveilles de nectars purs et vivants, estampillés Côtes de Provence et DEMETER, comment fait il pour allier travail en vigne et cette fameuse complexité des contrôles liés à la précision qu'exige son métier de vigneron et de défenseur du vivant.



Chateau Gasqui - Vins naturels - Cotes de Provence - François Miglio


Bien entendu qu'il s'en passerait lui aussi mais pourtant, comme tant d'autres, il a choisi de subir cette complexité malgré lui pour nous présenter des vrais vins de terroir au plus proche du naturel et pouvoir regarder en face les générations futures, ce qui ne sera pas le cas de tout le monde.


Et si j'étais joueur, j'aimerai savoir si suite à ce printemps ultra pluvieux jusqu'en cette fin juin 2018 qui a permis au Mildiou de se propager à toutes les vignes du département et d'ailleurs, s'il est d'actualité d'investir au plus tôt dans des ventilateurs géants ?


En espérant que ce modeste billet ne froisse pas les égaux, fasse éveiller quelques consciences et réfléchir certains décideurs car la seule vraie priorité reste, quoi qu'on en dise, la préservation de notre environnement et la protection de nos rivières !

Nous conclurons simplement par cette phrase tellement pleine de vérité de Pierre Duffort,"C'est à l'homme de s'adapter au milieu, pas l'inverse"